Je ne sais pas vraiment si je l’ai regretté, ou si, au contraire, j’ai apprécié le fait qu’il me respecte. Nous avons sagement regagné la terrasse et les transats. Papa discutait toujours avec Mary-Lou qui semblait suspendue à ses lèvres. S’ils avaient été seuls, tous les deux, je n’ose imaginer comment cela se serait terminé. À vrai dire, j’imaginais très bien mais je ressentais un sentiment diffus. Pas de la jalousie, ce n’est pas du tout dans mon caractère. Cela ne m’empêcha pas de passer une excellente après-midi. Mary-Lou se préparait à rentrer chez elle et elle me demanda de la guider jusqu’à ma chambre, là où elle avait laissé ses vêtements. Elle prit une douche dans la salle de bain du premier et elle vint me rejoindre. J’étais assise sur mon lit lorsqu’elle entra, enrobée dans une grande serviette de bain. Une fois la porte refermée, elle l’ôta pour se sécher avant de se rhabiller. Encore une fois, elle était nue devant moi, sans aucun complexe, comme si nous nous étions quittées la semaine dernière. Je n’étais pas du tout gênée de la voir ainsi mais je commençais sérieusement à avoir envie de plus. De beaucoup plus avec elle. Une fois ses sous-vêtements enfilés, elle prit beaucoup plus de temps que nécessaire pour finir de se vêtir. En l’observant attentivement, je remarquais que c’était elle qui semblait perturbée. Totalement habillée, elle vint s’asseoir près de moi, sur le lit.
« Je voulais te dire. Pour Jordan. Tu feras ce que tu voudras. Il est libre et toi aussi. Si quelque chose doit arriver entre vous, alors c’est que le destin en aura voulu ainsi. »
Elle releva la tête vers moi, souriante. Soulagée d’un poids. Puis elle reprit.
« Il y a une autre chose que je dois t’avouer. Je n’en suis pas très fière mais pour que notre amitié perdure, tu dois tout savoir. Voilà. Je t’ai dit que Bertrand a été mon premier mec. Ce n’est pas vraiment exact. Le tout premier, c’était … Tonton Roger. »
Elle s’arrêta net pour me fixer intensément et voir comment j’allais réagir à cet aveu. Je mis quelques secondes à enregistrer l’information, sans parler. Quand un grand sourire a, de nouveau, illuminé mon visage, elle a compris que je ne lui en voulais pas pour ce petit mensonge. Elle n’avait jamais osé me l’avouer avant et, pour cacher son secret, elle avait couché avec le premier garçon qui s’était trouvé disponible. Elle était ravie de ma réaction et elle se leva d’un bond. Elle me tendit la main pour me dire au revoir. Je l’attrapais pour me lever et me coller à elle. Pas question de se serrer la main, c’était un bisou que je voulais. Très près de ses lèvres, je n’ai pas osé l’embrasser sur la bouche. Mais je sentais que, elle aussi, en avait très envie. Ce serait sûrement pour une prochaine fois. Jordan et sa fille repartirent presqu’en même temps. Maman lui répéta plusieurs fois qu’il serait toujours le bienvenu ici. Quand il voulait. Moi qui connaissais bien ma mère, l’incitation à la débauche était évidente. Pas sûre que Jordan l’ait compris ainsi. Tout le monde avait passé une très agréable après-midi de détente. Le reste du week-end s’est déroulé normalement. Dylan était enchanté. Il avait désormais un père, et une petite sœur.
C’est durant la semaine suivante que je recevais un appel de Marie-Rose. Elle était rentrée chez elle et elle s’ennuyait ferme, après nos aventures au camping. Elle souhaitait passer le week-end chez moi, voire même un peu plus. Je lui confirmais qu’elle était la bienvenue chez moi et ce, pour tout le temps qu’elle souhaitait. Je suis allée la chercher à la gare le vendredi soir et nous sommes rentrées à pied jusqu’à mon appartement. En passant devant la supérette, j’aperçus Caro qui rentrait les articles exposés dehors. Romuald vivait toujours chez moi et Marie-Rose s’installa avec moi, dans ma chambre. Dans mon lit. Nous nous sommes retrouvées comme si seulement quelques jours s’étaient écoulés. Pourtant, beaucoup de choses avaient changé pour moi. À commencer par ma grossesse qui ne se voyait pas encore. Une visite chez ma gynécologue m’apprit que c’était bien une petite fille qui viendrait à naître dans quelques mois.
Marie-Rose me pressa de questions pour savoir qui était le père et si elle le rencontrerait un jour. Jean-Jacques revenait toujours me voir, mais moins souvent. Mais quand il a su que Marie-Rose resterait quelques mois ici, il profita de nous deux. Deux femmes pour un seul homme, le rêve pour beaucoup d’hommes. Elle m’avait demandé si elle pouvait rester jusqu’à la naissance de ma fille, et même un peu après, pour m’aider du mieux qu’elle le pourrait. J’avais bien sûr accepté, trop heureuse d’avoir une coquine comme elle dans mon lit. Jean-Jacques savait lui aussi que j’attendais un bébé, dont il n’était pas le père. Nous avions un contrat moral entre nous. Je vivais dans son appartement et lui venait me voir quand il le souhaitait. Ce fut beaucoup plus souvent depuis l’arrivée de Marie-Rose. Et c’était avec un grand plaisir que je partageais mon amant avec elle. Mon amie est une coquine et les hommes aiment les femmes comme elle. Et comme moi. Un soir, en rentrant du travail, je la trouvais au lit avec Romuald. Il s’était embrouillé avec Ludivine et elle avait su comment le consoler. Je les ai rejoints et nous avons passé une nuit merveilleuse. Le lendemain matin, Ludivine revint pour s’excuser. Heureusement que Romuald était déjà sous la douche.
Ils se sont réconciliés dans la chambre d’amis. Bruyamment. Quelques jours plus tard, après en avoir reparlé avec Jean-Jacques, je leur proposais, à tous les deux, d’emménager dans l’appartement que mon amant ne pouvait louer, ou rénover. Pour un loyer modique, les deux tourtereaux seraient complètement libres de vivre comme un couple. Romuald n’osa pas mais Ludivine vint m’embrasser sur la bouche, devant son mec éberlué. Ils ont changé d’adresse début décembre. Nous étions libres, Marie-Rose et moi, de déambuler presque nues dans l’appartement. Nous n’avions pas de vis-à-vis, une ancienne église allait sans doute être détruite mais les travaux n’avaient pas encore commencé. Mis à part Jean-Jacques, nous avions peu de visites. Laura est venue passer quelques nuits avec nous, Clothilde, c’était plutôt l’après-midi.