Martine trois (26/29)

Elle n’avait jamais imaginé avant ce jour-là pouvoir coucher avec une autre femme. Bien évidemment, en tant qu’étudiante, elle avait entendu parler de filles qui couchaient entre elles. Elle n’en pensait rien, elle-même, elle n’était pas du tout intéressée. Et sûrement que personne ne le lui avait proposé. Comment aurait-elle réagi si une jeune fille l’avait draguée ? Elle n’en avait aucune idée, avant ce jour-là. Tout au long des semaines, durant lesquelles elle était devenue amie avec Marguerite, elle revoyait Simon, son mari, pour qu’elle lui rapporte où elle en était. Les rapports se limitaient à cela, et il la payait régulièrement pour ses efforts. Elle allait devoir lui dire ce qu’elle avait réussi. Sabine, malgré son jeune âge, savait déjà pertinemment que les relations entre les personnes ne duraient jamais très longtemps. Elle l’avait appris à ses dépens très souvent. Mais trahir son amie lui faisait tout de même quelque chose. Elle ne pouvait mentir très longtemps au mari, et dire la vérité à sa femme était impossible, maintenant. Si Marguerite se sentait trahie, et il était évident que c’est bien ce qu’elle penserait, elle pourrait se refermer totalement, refusant les contacts avec les hommes ET avec les femmes. Elle devait trouver un moyen pour concilier les deux. Marguerite ne devait pas savoir. Jamais. Simon devrait découvrir « fortuitement » ce que sa femme et sa meilleure amie faisaient ensemble. Sabine élabora un plan machiavélique. Qu’elle soumit à Simon. Il comprit les risques si tout était dévoilé maintenant. Il patienterait encore un peu pour retrouver sa femme transformée. Mais il avait besoin de se défouler, lui aussi et c’est avec Sabine qu’il le fit.

Sabine était une call-girl, même si ce mot n’existait pas encore dans le dictionnaire Larousse. Elle était payée, et même très bien, pour faire l’amour avec des hommes, les servir, être leur faire-valoir. Il lui arrivait fréquemment qu’elle soit invitée juste pour une soirée, qu’elle passait aux côtés d’un homme important. Juste sa présence était demandée. Sa beauté, sa jeunesse, son éducation, tout cela justifiait les sommes qu’elle percevait pour de telles prestations. Coucher avec des hommes lui permettait de bien vivre, sereinement. Simon était un de ses clients. Il n’y avait aucun sentiment, juste du sexe. Elle continua donc à le voir régulièrement, contre rémunération. Elle revoyait Marguerite presque autant de fois qu’elle voyait son mari. Ils se croisèrent même plusieurs fois chez Marguerite. La vie suivait son cours. Sabine reçut une invitation qu’elle ne pouvait refuser. Un des grands patrons qu’elle fréquentait régulièrement était invité à suivre le Président de la République dans un voyage d’affaires, dans un pays africain. Elle accepta immédiatement, sachant qu’elle devrait s’absenter plusieurs jours. Ce fut un véritable déchirement lorsqu’elle apprit à Marguerite qu’elle ne pouvait venir durant plusieurs jours. Ce voyage était le premier qu’elle faisait à l’étranger. Elle avait déjà rencontré le Président et son épouse, lors de dîners officiels, en France. Là-bas, c’était un dépaysement total. Elle n’était même pas libre de s’habiller comme elle le souhaitait, en dehors de l’hôtel. Ses tenues étaient choisies par son mentor, celui qu’elle devait accompagner, partout où il allait. Interdiction de montrer ses bras, ses épaules, ses jambes. C’était pareil pour toutes les autres jeunes femmes qui les accompagnaient. Les femmes de ce pays respectaient évidemment elles aussi ces mêmes consignes. Ce qui surprit le plus Sabine, c’est qu’au cours des repas, il n’était servi aucun alcool. On était dans un pays musulman.

Par contre, le soir, changement de décor. La délégation française avait quartier libre et elle s’en donnait à cœur joie. Un peu trop, tout de même. Sabine n’avait emporté aucun vêtement, elle était habillée avec ceux que son homme achetait pour elle dans les boutiques de l’hôtel. Le soir, elle pouvait en montrer un peu plus, mais pas dans l’excès, comme les autres jeunes femmes. Dans la boîte de nuit, l’alcool coulait à flots. L’alcool, et la drogue. C’était la première fois qu’elle voyait des femmes « de faire une ligne ». Elle avait toujours refusé de goûter à ça. Et bien lui en prit. D’ailleurs, l’homme qu’elle accompagnait ne l’aurait certainement pas accepté. Il était plus âgé que ses collègues, mais plus respecté aussi. Lui ne dansait pas mais Sabine pouvait y aller, avec les autres. Une des femmes, qui avait pris de la cocaïne, se retrouva en transes, sur la piste. Très vite, elle fut entourée par les hommes de la délégation. Ils formaient un cercle autour d’elle et sa poitrine fut visible par tous ceux qui étaient suffisamment près. Plus tard, elle se retrouva à genoux, les hommes tournaient autour et lui présentaient leurs sexes qu’elle gobait, avant de passer au suivant. Les autres hommes, patrons ou responsables politiques de ce pays, qui les accompagnaient regardaient la scène avec amusement. Ils connaissaient évidemment les frasques des « françaises ». Mais eux, restaient sagement assis à leur place. Ce qui n’empêchait pourtant pas qu’ils aient des envies, bien légitimes. Mais ils restaient beaucoup plus discrets. Sabine, qui observait attentivement, remarqua que certains disparaissaient quelques instants avec l’une des femmes. Et qu’il revenait avec un visage ravi. Vers la fin de la soirée, Sabine remarqua que la plupart de ces hommes ne regardaient plus que vers elle. Les autres étaient disponibles, et ils avaient pu s’en rendre compte. Mais elle était la seule qui paraissait inaccessible. Et donc, la plus désirée. Si elle s’était dirigée d’elle-même vers l’un de ces box privés, certainement que l’un de ces hommes l’aurait rejointe. Mais elle n’était pas là pour ça. Elle préférait garder son mystère, et eux gardèrent leurs envies.

Lors de la dernière soirée, très officielle, elle était encore plus resplendissante que les autres, dans sa robe d’un grand couturier, français, bien évidemment. Toujours pas d’alcools de servis mais différents punchs, à base de fruits du pays. Sabine eut la surprise de voir le Président s’approcher d’elle. Il la complimenta pour sa prestance, pour sa beauté. Il posa une main baladeuse sur sa fesse, qu’elle écarta immédiatement. Son mentor arrivait à ce moment-là avec deux verres. Elle put constater à quel point il était respecté de tous, même par le Président.

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