Martine trois (08/29)

Mireille, elle, baissait les yeux mais son regard, parfois, en disait long. Arrivés à la maison, mon père les a invités à entrer pour boire l’apéro. C’était habituel. Chez eux, ou chez nous. Je continuais à m’occuper des enfants, tandis qu’ils buvaient et discutaient. Je crois avoir oublié de vous présenter les enfants. Julien, huit ans et Marina, cinq ans, sont les enfants de Mireille et Germain. Sandrine, sept ans et Nicolas, quatre ans, ce sont mes frère et sœur. Ils me font rire lorsqu’ils essayent d’imiter leurs parents. Quand ils voient Germain posant son bras sur l’épaule de Mireille, c’est Julien qui en fait de même avec Sandrine. Et Marina avec Nicolas. Comme des petits couples. Ils font semblant de s’embrasser sur la bouche en voyant faire les grands. Mais ce ne sont que des jeux d’enfants, sans aucune arrière-pensée. Ce qui est une constante, à cette époque-là, dans toutes les familles que je connais, c’est que le garçon est presque comme un roi. C’est l’avenir de la famille, du nom. La fille, ou les filles, ne sont là que pour aider à la maison et se préparer à fonder leur propre famille. Qui reproduira les mêmes préceptes. Même si cela est ainsi depuis des années, (des siècles ?), je sens parfois souffler le vent du renouveau. Une nouvelle ère s’ouvre devant moi, et ceux et celles de mon âge. Il est évident que, chez Gisèle et Fernand, c’est Fabienne la reine, vu qu’elle est enfant unique.

Dans notre village, et alentours, cette famille fait figure d’exception. En plus, Fabienne est certainement la plus jolie des jeunes filles qu’il m’ait été permis de connaître. C’était une vraie Reine de Beauté. Germain et sa famille sont rentrés chez eux tandis que nous passions à table. Et ce n’est qu’à la fin du repas que j’apprenais la nouvelle. Germain et Mireille étaient invités à un mariage, dans quelques semaines. Ils n’étaient pas sûrs de pouvoir y aller, c’était compliqué avec les enfants et ils ne voulaient pas nous les imposer un week-end entier. C’est Mireille qui a proposé que je vienne passer le week-end avec eux, pour m’occuper des enfants et profiter de la fête, en même temps. L’hébergement sur place était déjà organisé pour les familles qui venaient de loin. Il me fallut plusieurs minutes pour réaliser toute l’ampleur de cette proposition. Encore un week-end entier loin de ma famille. Mais avec des amis, et leurs enfants. Deux jours, et surtout deux nuits avec eux ! Le hasard faisait bien les choses. Pour moi, en tout cas. De toute façon, personne ne m’avait demandé mon avis. Mais il était évident que j’aurais accepté. Et ce serait pour moi l’occasion de mettre la jolie robe qu’ils m’avaient offerte à Noël dernier. Je retournais m’occuper des plus jeunes, un sourire radieux illuminait mon visage. Les petits étaient très excités, après avoir joué avec les enfants des voisins. Je les changeais et je les mettais au lit pour une sieste nécessaire. Ils étaient beaucoup trop excités.

Mais pas autant que moi. Intérieurement. Je repensais à l’après-midi passée entre Germain et Mireille. Et j’allais bientôt passer deux nuits entières avec eux. Entre eux deux. La vie continuait son cours, entre les études et les week-ends chez Lalie. Au collège, je me rapprochais de plus en plus de Sylviane, l’infirmière. Je finissais par tout lui raconter, ma vie de jeune fille dévergondée. Elle était la seule à m’écouter, sans chercher à me juger. Elle me caressait langoureusement pendant que je lui parlais de Fernand. De Germain. Dans ma classe, j’étais toujours isolée, mise à l’écart. Jusqu’à ce que … C’était un jeudi et nous avions sport. Le plus souvent, je restais au collège pour étudier. Sauf ce jour-là où j’ai dû être présente. Je les observais se démener sur la piste, autour du terrain de foot. Et c’est dans le vestiaire, dans les douches des filles, que survint l’incident. Un cri, perçant. Des murmures. Puis, le silence. Je me levais pour voir ce qui se passait. Une jeune fille, Angélique, la plus aimée et appréciée de ma classe, se tenait debout, sous le jet de la douche. Entre ses cuisses coulait un mince filet de sang, vite dilué par l’eau qui coulait encore. Personne ne semblait comprendre ce qui lui arrivait. Moi, je savais. Je me saisis d’une serviette et j’entrais dans la pièce. Je fermais le robinet et je plaçais la serviette entre ses cuisses.

Je demandais que l’on m’amène une autre serviette pour l’essuyer. Deux filles s’en chargèrent. Une autre s’habilla rapidement et elle alla prévenir notre professeur. Quand celle-ci arriva, affolée, j’étais restée près d’Angélique pour la rassurer. Je lui expliquais que c’était normal, que j’avais vécu la même chose il y a seulement quelques mois. Que toutes les femmes passaient par là. La prof me regardait d’un air bizarre. Puis, elle se décida très vite. Elle aida Angélique à se rhabiller et elle me la confia pour l’amener à l’infirmerie du collège. Sylviane la prit en main dès notre arrivée. Comme elle l’avait fait avec moi, elle m’expliqua les menstruations, ce que vivait le corps de la femme chaque mois. Sauf lorsqu’elle était enceinte. Ou ménopausée. On lui expliqua que sa mère aurait dû lui en parler, mais elle la pensait certainement trop jeune pour devenir femme. Pour les mamans, c’est un coup de vieux qu’elles prennent en apprenant cela. Ce n’est qu’après que viennent les précautions d’usage, avec les garçons. On ne nous parlait pas encore d’éducation sexuelle à l’école. Préservatif et pilule contraceptive étaient encore des mots tabous.

Nous sommes retournées en classe ensemble et toutes les filles sont venues l’entourer, pour demander de ses nouvelles. J’étais de nouveau exclue de leur groupe. Mais juste pour quelques minutes. Angélique leur expliqua que j’avais très bien réagi et que je l’avais vraiment soutenue dans ce moment particulier. C’est, je crois, la première fois qu’elle me nommait par mon prénom. MARTINE. Les jours suivants, elle revint souvent discuter avec moi, pour que je lui précise certains points obscurs. Heureusement, j’avais les réponses à ses questions. D’autres filles finirent par de joindre à nous.

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