Après la signature des nouveaux contrats, la société de mon père a fait de très bons bénéfices. Ce qui nous a valu, à Fanny et à moi, de jolies primes de fin d’année. Fanny était vraiment contente de notre performance mais je voulais lui offrir un cadeau supplémentaire. Une jolie surprise. Sans lui en dire plus, je l’informais que nous passerions la Saint Sylvestre ensemble, cette année. Un séjour de trois jours sur l’archipel des Seychelles dans un hôtel grand luxe. Jusqu’au moment du départ, à l’aéroport international de Nice Côte d’Azur, elle ignorait notre destination. Île paradisiaque s’il en est, décor de rêve. Palace de luxe. Du haut de notre troisième étage, sur la presqu’île de Eden Island, nous avions une vue imprenable sur l’océan indien et sur l’île au cerf. Nous avons passé pratiquement l’intégralité du séjour dans cette suite, à faire l’amour jusqu’à épuisement de l’une ou l’autre. Et on recommençait. Nous avons profité des avantages de la piscine intérieure, ainsi que du spa. Notre seule excursion en dehors de l’hôtel fut sur la grande plage de Beau Vallon. Il est vraiment dommage de se rendre sur cet archipel pour rester à l’hôtel mais j’y retournerais certainement, pour visiter et profiter du soleil et de l’accueil.
Nous sommes bien évidemment descendues pour profiter pleinement de la soirée organisée pour fêter la nouvelle année 2018. Robes de gala pour nous deux, achetées sur place. Le retour vers la froideur, toute relative, a été plus compliqué. Ce qui est très souvent le souci avec les séjours de rêve. Ou bien les croisières. On a passé trois jours comme dans un rêve éveillé à faire l’amour comme des folles et on regrettait simplement que ce soit déjà fini. Retour en France et à la dure réalité. Le travail, les amis, la famille. Les vœux à toutes les personnes auxquelles on tient. J’ai reçu un appel alarmant de la part d’Édith. Je m’empressais pour aller la voir à son travail, sans attendre plus longtemps. Elle était bien là mais je voyais bien que quelque chose la tracassait profondément. Je me rendais compte à quel point sa responsable, sa chef de rang dit-on en cuisine, lui rendait la tâche difficile. Toujours sur son dos, des remarques permanentes. Même les autres clients devaient s’en rendre compte. Je le voyais à leurs regards.
Et c’était bien loin d’être justifié la plupart du temps. Pourquoi cette femme s’acharnait-elle ainsi sur elle ? J’appelais Édith pour venir prendre ma commande. J’avais entendu sa chef la réprimander car elle passait trop de temps avec les clients. Je faisais exprès d’être indécise mais je demandais sans cesse des précisions sur un plat ou sur un autre. Chaque fois, Édith me répondait avec professionnalisme. Même si elle craignait de nouvelles remarques désobligeantes de la part de sa responsable. Évidemment, elle s’approcha de nous, toutes griffes dehors. Elle commença ses critiques envers la jeune serveuse. Je ne pouvais pas la laisser faire impunément.
« Excusez-moi, Madame. J’ignore qui vous êtes, et vous empêchez cette jeune femme de prendre ma commande. »
C’était sans doute la première fois qu’une cliente la remettait à sa place. Elle tenta de répondre. Je la coupais immédiatement.
« Si vous avez quelque chose à dire à votre collègue, vous êtes priée d’attendre que j’ai passé ma commande. Et, de plus, inutile de lui faire des remontrances sur son travail devant la clientèle. On n’est pas chez Flunch, n’est-ce pas ? »
Ne trouvant rien à redire, elle se calma. Mes paroles avaient été entendues dans toute la salle et elle ne pouvait pas l’ignorer. Après son départ, Édith était plus sereine. C’était la première fois que quelqu’un la remettait à sa place. Mais elle redoutait les conséquences, même si elle n’était coupable de rien. Je parvins à la rassurer tout de même, lui demandant à quelle heure elle finissait son service. Je lui promettais d’être présente quand elle sortirait. Elle ne fut plus humiliée par sa chef ce soir-là, du moins pas devant les clients. Je connaissais parfaitement ce restaurant, c’est mon père, et patron, qui me l’avait fait découvrir. Tout en mangeant, je me rappelais qu’il connaissait le propriétaire de cet établissement. Avant la fin du repas, je demandais à une autre serveuse si le patron était là ce soir. Et si je pouvais le rencontrer.
« Dites-lui que je suis la fille de Massimo. »
C’est Guido lui-même qui vint me chercher à ma table. Bien évidemment, il refusa que je règle l’addition et il me conduisit dans son bureau. Immense. Après les formules de politesse, je passais directement au sujet qui me préoccupait ce soir. Je lui confiais que je connaissais une de ses serveuses, Édith. C’est une amie.
« J’ai pu remarquer ce soir que sa responsable la maltraitait psychologiquement. À la limite du harcèlement. Et surtout, sans raison apparente. Je ne viens pas demander de faveurs particulières pour mon amie. Juste qu’elle soit traitée comme un être humain, une employée dévouée. »
Guido m’avait écoutée et comprise. Il reconnaissait mon grand sens de la justice, il en avait parlé avec mon père. Il demanda immédiatement à visionner les bandes vidéo de la soirée. Je le voyais qui observait attentivement son écran, sans doute même revenait-il en arrière pour repasser une scène. Il arrêta de regarder les vidéos pour se concentrer sur la suite à donner. Décision prise, il utilisa l’interphone pour demander à Dominique de passer le voir de suite. Je voulais partir, pour le laisser seul avec son employée mais il me demanda de rester. Dominique arriva, toute guillerette d’avoir été convoquée par son patron. Mais son regard changea immédiatement quand elle m’aperçut dans le bureau. Elle se douta que ce n’était pas bon pour elle. Je vous passe les réflexions que son patron lui a faites, mais elle était vraiment dans ses petits souliers, comme une enfant prise la main dans le pot de confiture. Elle essaya de nier l’importance des remontrances qu’elle avait faites mais Guido lui fit visionner les vidéos. Abasourdie, elle commençait à perdre pied. Elle était restée debout, Guido ne l’avait pas invitée à s’asseoir. Elle était prise sur le fait et elle ne pouvait qu’attendre la sentence.