Émeline et Céline étaient amies depuis l’école maternelle. Quand je dis « amies », je devrais dire inséparables. Et pourtant, la première fois qu’elles se sont trouvées face à face, c’était plutôt l’inverse. Pour l’une et l’autre, c’était leur première rentrée des classes. Elles se sont trouvées près de la porte d’entrée, bloquées l’une et l’autre car une seule personne pouvait entrer. Katia, la maman d’Émeline, a bien tenté de retenir sa fille mais j’ai été plus rapide qu’elle et j’ai laissé entrer sa fille avant la mienne. J’ai pu les observer quelques instants dans la cour de l’école et rien ne présageait qu’elles deviendraient inséparables. C’est la maîtresse d’école qui me raconta ce qui s’était passé deux jours plus tard. Une autre petite fille venait toujours reprendre les crayons de couleur que Céline utilisait. Systématiquement, elle revenait vers sa table pour prendre ce dont elle se servait. C’est Émeline qui est intervenue pour aller reprendre les crayons. La petite a pleuré deux minutes puis, voyant que personne n’intervenait en sa faveur, elle a trouvé une nouvelle proie, un petit garçon cette fois.
Quelques jours plus tard, c’est Céline qui a aidé Émeline. Un petit garçon, un peu trop curieux, ne cessait de soulever sa jupe pour regarder dessous. C’est un jeu courant dans les cours d’école. Elle avait beau lui dire d’arrêter, il revenait sans cesse derrière elle pour, de nouveau, soulever sa jupe. Elle était prête à s’énerver pour de bon quand Céline s’est approchée. Elle a baissé le pantalon du garçon qui, surpris, a essayé de s’éloigner. Il s’est pris les pieds dans son propre pantalon et est tombé au sol. Sans se faire mal, je précise. Tout le monde s’est mis à rire de sa mésaventure et il n’a plus jamais recommencé. Par contre, c’était le début d’une grande amitié entre les deux filles, jusqu’à ce que mon mari choisisse d’aller vivre avec elles en nous abandonnant. Cela a été très dur pour Céline, et pour moi aussi, car Katia était devenue une vraie amie, pour moi aussi. Enfin, c’était ce que je croyais. Il est vrai qu’elle n’avait pas eu de chance dans sa vie. Après le décès de son mari, le père d’Émeline, elle avait déménagé pour notre petite ville de banlieue. Céline était très proche de son père et je croyais bêtement qu’il était heureux avec nous.
C’est même moi qui lui ai demandé, parfois, de faire quelques menus travaux chez Katia. Son appartement en avait vraiment besoin. Je n’ai pas vu le danger, j’avais totalement confiance en lui, et en Katia que je considérais comme une vraie amie. Je n’ai pas remarqué qu’il se rapprochait d’elle, même s’il passait beaucoup de temps à faire les réparations. Plus tard, c’est son travail qui le retenait le soir, enfin, c’était ce qu’il disait. Il avait, en fait, trouvé un nouvel appartement pour Katia et sa fille et il l’aménageait en vue d’habiter avec elles. Céline et moi, nous sommes tombées des nues lorsqu’il nous a annoncé qu’il partait vivre avec elles. Il a bien sûr affirmé que cela ne changeait au fait qu’il aimait toujours sa fille. Qu’il la prendrait volontiers chez lui, quand elle le voudrait. Elle a bien essayé de se partager entre les deux mais c’était trop dur pour elle de voir son papa avec une autre femme, avec une autre fille. Céline avait rompu tout contact avec son père et lui-même n’a jamais essayé de la revoir. Et moi, encore moins. Il avait tiré un trait sur son passé. Il avait balayé en quelques minutes presque sept ans de vie commune.
Il avait choisi une femme plus jeune que moi, plus sexy aussi. J’ai appris aussi, mais bien plus tard, qu’elle était très amoureuse, et donc facilement modulable. Pour tout dire, il avait compris qu’il pourrait en faire ce qu’il voulait. Et il ne s’en est pas privé. C’est Katia elle-même qui m’en a parlé, quand j’ai enfin pu lui parler sans lui en vouloir pour ce qu’elle avait brisé. Mon mariage, mon avenir et surtout celui de ma fille chérie. Quand j’y repense maintenant, je me dis que, si ce n’avait pas été elle, il aurait pu en trouver une autre, si c’était une femme docile qu’il recherchait. Vous l’avez compris, j’ai mon caractère et je ne me laisse pas marcher sur les pieds sans réagir. Ce que j’avais regretté, c’était de perdre mon mari ET une amie très chère. Pareil pour Céline qui avait perdu son père et sa meilleure amie. Puisque je vous ai parlé de Katia et des confidences qu’elle m’a fait, autant vous dire tout de suite que nous sommes réconciliées, elle et moi. Et je vais vous livrer dès maintenant ce qu’elle m’a confié. Je dois dire que j’ai eu beaucoup de mal à croire tout ce qu’elle m’a raconté. Entre nous, j’étais heureuse, intérieurement, que cela ne me soit pas arrivé, à moi. Comme je l’ai déjà dit, Marc, mon mari, avait très vite compris qu’il ne pourrait pas faire de moi sa poupée. Par contre, Katia était une cible de choix pour un prédateur. Il l’a compris rapidement et il a mis son plan en œuvre dès qu’il a pu.
Dans la société qui l’employait, il y avait une femme, Pauline. Une femme forte, de caractère, dominante s’il en est. Et ce n’était un secret pour personne qu’elle était lesbienne, qu’elle préférait les femmes, soumises évidemment. Lors des soirées d’entreprise, de cocktails, elle venait souvent accompagnée d’une jeune femme, jamais la même. Tout le monde le savait et donc aucun homme n’essayait de la draguer. Sauf les petits nouveaux, ceux qui venaient d’intégrer la société, et les jeunes stagiaires. Marc, lors de son arrivée ici, n’avait pas échappé à la règle, jusqu’à ce qu’un collègue lui dise la vérité sur ses orientations sexuelles. C’est justement pour ces préférences à elle qu’il est allé la voir dans son bureau pour lui proposer un marché. Il l’invitait chez lui pour une raison quelconque, il la laissait seule avec sa femme pour qu’elle la dévergonde un peu. Il adorait sa nouvelle conquête mais souhaitait qu’elle soit plus délurée, plus coquine. Plus salope, pour dire simplement. Et Pauline était de ces femmes qui étaient capables d’une telle transformation. Marc lui assura qu’elle aurait carte blanche et que, bien sûr, il n’essaierait pas de la baiser, elle. Pauline prit quelques jours pour réfléchir à sa proposition et finit par accepter. Le piège était en place et la proie innocente n’en savait rien. Katia était amoureuse, aveugle donc.