C’était bien la première fois, devant un homme, un jeune homme. Pourtant, il aimait les femmes. Et uniquement les femmes. Et principalement, la sienne. Celle qu’il avait choisie. Ou plutôt, celle que son cœur avait choisi, il y a bien des années. Et voilà que, tout à coup, il se mettait à bander pour un homme. Il tenta de se remémorer les années passées, ce n’était pas la première fois qu’il prenait la douche en commun avec ses partenaires de club. Et, il en était bien certain, jamais il n’avait bandé, ou même frémi, en voyant les sexes exposés de ses camarades de club. Il n’était donc pas gay. Ça, il en était bien certain. Mais alors, comment expliquer cet émoi qui le saisissait en ce moment même ? L’eau avait cessé de couler sur son corps, depuis un moment. Il en fut de même pour Alban lorsqu’il lâcha le bouton. Ils sont restés encore un moment à se regarder, l’un et l’autre. C’est David qui initia le premier pas vers les vestiaires. Pour se sécher et se rhabiller. Ce qu’ils firent, sans se quitter du regard. Il venait de se passer quelque chose de très étrange. Pour David. Il avait eu des pensées malsaines envers le jeune homme qu’il était censé former. Il était tard et, encore une fois, ils étaient seuls dans les locaux du club. En sortant du bâtiment, David proposa de raccompagner le jeune homme. Il est vrai qu’il était tard. Alban accepta et David prit la direction de la maison d’Anita.
Plusieurs fois, sa main, sur le levier de vitesse, il eut très envie de la poser sur le genou tout proche. David savait pertinemment que le jeune homme attendait ce moment avec une anxiété grandissante. Mais David réussit à résister à ses pulsions malsaines et Alban descendit de voiture, juste devant chez lui. Il devait rester encore deux semaines à l’école. Avant de revenir en stage. Deux semaines, c’était long. Et ça voulait dire aussi, deux séances d’entraînement au club. Avec douches après le sport. David rentra très troublé par la fin de sa soirée. Il se coucha en évitant de réveiller son épouse, qui dormait profondément déjà. Le lendemain, et les jours suivants, David resta très affecté par l’épisode dans les douches. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il aimait sa femme, ses enfants. Mais il n’aimait pas les hommes, pas comme ça, il en était certain. Alors, que lui arrivait-il ? Il ne pouvait trouver une réponse et, sans doute le pire pour lui, il ne savait à qui il pouvait en parler, demander conseil. Il commença par des recherches sur Internet, en veillant bien à effacer son historique de navigation avant de quitter. Des sites qui parlent de sexe, il y en avait beaucoup, et même trop. Comment trouver le bon ? Il désespérait de trouver enfin une réponse à ses questionnements lorsque, en écoutant une vague série télévisée, c’était surtout Evelyne qui suivait la série assidûment, il entendit pour la première fois le terme de « Pansexuel ». Il ne comprenait pas vraiment ce que cela signifiait et il se rendit sur son ordinateur portable pour faire des recherches plus approfondies. Et c’est sur le site de Wikipédia qu’il trouva enfin ses réponses. Sur ce site, où l’on peut trouver tout ce que l’on veut, David se focalisa sur la page qui expliquait ce qu’était la pansexualité. C’est une orientation, sexuelle ou affective, qui ne tient aucun compte du sexe, de l’âge ou du genre de la personne aimée. Ainsi, un homme, hétérosexuel comme l’est David, peut tomber amoureux d’un autre homme, sans pour cela être homosexuel. Un homme hétérosexuel n’aime QUE les femmes. Un homme homosexuel, lui, n’aime que les autres hommes. Un pansexuel peut donc être hétérosexuel à 100 %, et pourtant, tomber amoureux d’un autre homme. Sans pour cela aimer tous les hommes. C’est vraiment la personne dont il est tombé amoureux, indifféremment de son orientation principale. David était évidemment soulagé d’avoir pu trouver des réponses à ses questionnements. Il restait maintenant le problème de l’avouer à sa femme. Il ne voulait pas la perdre et la vérité est bien meilleure qu’un mensonge.
Il n’était pas vraiment certain que les sentiments étaient partagés par Alban, également. Deux jours plus tard, c’était de nouveau la soirée entraînement au club et David se doutait bien qu’il allait revoir son jeune protégé. Il avait acquis la quasi-certitude qu’il ne pouvait être son fils. Alban était né près d’un an après la soirée qu’il avait passée avec Anita, sa maman. Déjà rassuré sur ce point, il ne savait, par contre, pas encore comment aborder le sujet qui le tourmentait actuellement. Lui qui avait toujours été très sûr de lui, avec les filles, avec sa femme, il se retrouvait démuni devant les sentiments nouveaux qui l’étreignaient. Il était toujours perdu dans ses pensées lorsqu’il aperçut enfin Alban qui arrivait au club. Il avait entraînement avec d’autres jeunes de son âge, mais David se sentit rassuré de le voir. Même s’il n’avait aucune idée de ce que lui réservait la fin de soirée. Tout au long de son entraînement, avec des partenaires de son âge, il n’était pas vraiment affûté, faisant énormément d’erreurs de débutant. Il se rattrapa durant le petit match qu’ils firent à la fin. Il avait retrouvé toute sa « gnaque ». Il était même près à continuer à jouer lorsque son entraîneur siffla le retour aux vestiaires. Alban et ceux qui étaient avec lui étaient déjà en train de se changer. Presque tous les joueurs n’hésitaient pas à prendre leur douche avant de repartir. David remarqua tout de même que deux d’entre eux, deux jeunes, étaient repartis sans passer sous la douche. Pudeur ? Les plus anciens prenaient tous une douche, sans exception. Parmi les jeunes joueurs, certains un peu plus pudiques gardaient un slip pour se laver, qu’ils ôtaient uniquement pour se rhabiller. Tous les partenaires de David étaient entièrement nus et jamais David n’avait eu la moindre envie avec l’un d’entre eux. Jamais. C’est surtout pour cela qu’il trouvait très étrange cette attirance qu’il ressentait envers Alban.