Et pan ! (03/17)

Claire, malgré son jeune âge, connaissait évidemment le courage de son géniteur. Qu’elle n’a jamais vu. David parla lui aussi de ses deux enfants. Ils étaient de bons élèves, comme l’avaient été leurs parents. Il est vrai que la maman prenait beaucoup de soin à suivre leurs études. Jusqu’à les aider dans leurs devoirs, lorsque c’était nécessaire. Devant l’air un peu déconfit d’Anita, David précisa qu’elle avait beaucoup de temps à leur consacrer, que son travail lui laissait énormément de libertés. Après avoir beaucoup parlé d’eux-mêmes, ils passèrent à table. Un repas simple, mais c’était exactement ce que David préférait. Pour Claire, c’était un vrai repas de fête, comme il y en avait très peu dans l’année. Dans leur famille. À 11 ans, Claire n’avait jamais connu son père. Mais d’autres hommes avaient partagé la chambre de sa maman, et leurs vies à tous les trois. Ils n’étaient jamais restés très longtemps, elle ne comprenait pas toujours pourquoi ils disparaissaient, un beau matin. Elle me regardait bizarrement, essayant de comprendre si j’étais un de ceux-là, le prochain mec de sa mère. Elle n’était pas hostile, et elle n’avait rien contre cette éventualité. Pour en avoir parlé, beaucoup plus tard avec elle, elle trouvait même étrange que je parle de ma famille, de ma femme et de mes enfants. Les hommes qu’elle avait pu connaître auparavant n’étaient pas mariés, elle en était presque sûre, et certainement sans enfants. Je ne rentrais pas dans le moule habituel des partenaires de vie de sa maman. Une fois le repas terminé, David se prépara à partir. C’est Anita qui proposa une balade digestive dans un parc arboré, tout proche de chez elle. David n’eût pas envie de la décevoir en refusant une invitation qui, semble-t-il, lui tenait vraiment à cœur. Alban resta à la maison mais Claire décida de venir avec eux. David prit donc congé de son jeune collègue en lui donnant rendez-vous à la rentrée, en septembre. Claire resta légèrement en retrait du couple qui se promenait devant elle. Elle avait l’impression de vivre un rêve éveillé. Une  » vraie  » famille, enfin. Tout de même un peu gêné par la présence de la jeune fille, il osa quand même demander à Anita des précisions sur le père d’Alban. Anita poussa un long soupir avant de lui répondre.

« Oh lui ! Un grand courageux aussi.  »

Il est bon de préciser que, depuis le début de la soirée en leur compagnie, David sentait un léger malaise entre eux. La réponse de son amie le rassura. Insidieusement, un doute s’était installé en lui. Serait-il possible qu’il soit le père d’Alban ? Ceci expliquerait sûrement pourquoi il avait un petit malaise en sa présence. Qu’il cachait très bien, heureusement. C’est un peu plus tard dans la soirée, une fois rentré chez lui, qu’il analysa sereinement la situation. Il dut se rendre à l’évidence que le mal-être qu’il ressentait avait débuté peu de temps après sa première rencontre avec Alban. Sûrement une coïncidence. Anita l’avait rassuré, un peu. Car, en y réfléchissant bien, s’il avait été ce « grand courageux », elle ne lui aurait sûrement pas dit, comme ça, avec Claire qui était toute proche. Le doute était permis, encore. Et David ne put s’en défaire, durant toute la durée de ses vacances. Il avait parlé d’Anita avec sa femme. Elle n’en avait aucun souvenir. Ce n’est qu’en regardant les photos de classe qu’elle put mettre un visage sur le prénom. Mais elle n’avait jamais eu de contact avec cette fille, du temps de leur jeunesse. Et le seul souvenir qu’elle en gardait était celui d’une fille facile, une Marie-couche-toi-là. Du coup, elle n’était pas vraiment étonnée de savoir qu’elle avait eu deux enfants, avec deux pères différents, et que tous les deux avaient fui leurs responsabilités. Je ne voudrais pas apparaître comme un donneur de leçon. Là n’est pas mon intention. Mais j’ai vécu, j’ai observé et j’ai remarqué que certaines femmes faisaient toujours les mêmes choix, pour leurs partenaires. Ce qui est logique, en soi. Les contraires s’attirent très rarement.

Quand j’étais plus jeune, j’ai connu plusieurs jeunes filles qui étaient inlassablement attirées par les « mauvais garçons ». Des garçons un peu rebelles, un peu voyous parfois. Et, inévitablement, cela finissait de la même manière. Elles n’avaient d’yeux que pour ce genre de garçons et, bien sûr, elles ne voyaient jamais les regards que d’autres portaient sur elles. On dit qu’avec des « si », on pourrait refaire le monde. Est-ce possible ? Le schéma étant identique, les histoires finissaient presque toutes de la même façon. Il fallait vraiment que le garçon soit fou amoureux de la jeune fille pour avoir envie de changer. Ou bien, être passé tout près de la correctionnelle. Il me revient justement en mémoire l’histoire de Luc, qui avait le même âge que moi. Il était très populaire, un peu rebelle. Et un peu voyou aussi. Un soir, il a failli se faire attraper par la police municipale et cela l’a immédiatement calmé. Ça tombait juste quelques jours avant son stage en entreprise, en fin de troisième. Ce qu’il a vu, ce qu’il a appris durant ce stage, l’a vraiment motivé et il est devenu un expert en électro-technique. Et il a bien sûr épousé la jeune fille qu’il fréquentait déjà, à l’époque. Preuve que certaines histoires finissent mieux que d’autres. Deux de ses camarades de « jeux » s’étaient fait  » pincés « , ce fameux soir. Quelques mois plus tard, ils étaient dans un centre de redressement pour jeunes délinquants. David n’avait jamais été comme eux, rebelles et tout ça. Lui, il avait Evelyne et cela lui suffisait. Mais, durant tout le mois d’Août, il avait un malaise en lui, il se demandait toujours s’il était possible qu’il soit le véritable père d’Alban. Ceci expliquerait sûrement pourquoi il se sentait bizarre en sa présence. Pour chasser ses mauvaises pensées, David se consacrait au sport. Remise en forme avant la rentrée, en septembre. Depuis plusieurs années déjà, David était inscrit dans un club de rugby. Un choix un peu plus logique lorsque l’on vit dans le sud-ouest de la France.