Gilles n’avait pas demandé à Robert s’il voulait revenir avec nous, cette fois-ci. C’était donc une journée très familiale, si on excepte Clara. Mais elle faisait déjà presque partie de la famille, puisqu’qu’on la voyait très souvent à la maison. Viviane vint également nous rejoindre et la journée se passa entre bronzette et baignade. J’étais principalement avec Viviane mais Océane vint nous rejoindre. Les deux femmes apprirent à se connaître. J’aimais beaucoup ma tante Océane, autant que ma mère. Elle se sentait un peu plus libérée que la veille, sans la présence de son mari, trop souvent loin d’elle. J’avais remarqué la complicité entre Océane et Mirabelle, presqu’aussi forte qu’entre les deux sœurs. Il se produisait un peu la même chose entre Viviane et elle. Océane expliquait qu’elle travaillait dans un monde d’hommes, pas une seule femme dans son entourage immédiat. Mirabelle venait de combler une partie de ce vide. Viviane parlait elle aussi de son travail. Elle avait une assistante, et ses clients étaient principalement des femmes, et des enfants. Elle avait constaté, au fil des années, que les hommes préféraient être soignés par des confrères masculins. Et c’était justement ce qui ressortait d’une étude parue dans un magazine spécialisé, dans son milieu médical. Au fur et à mesure de la conversation, je voyais Océane s’illuminer, devenir plus gaie. Plus tactile aussi. Elle qui avait montré beaucoup de réserve à l’égard de Viviane, les premières fois qu’elle l’avait rencontrée, elle commençait à poser sa main sur son avant-bras, sur sa taille, parfois. Je sentis que ma présence gênait un peu pour qu’elle se lâche un peu plus.
Je décidais de répondre aux invitations de Clara et Flora qui m’imploraient de venir les rejoindre. Je laissais donc Océane et Viviane en tête-à-tête. Dany et Melody nageait au loin, Gilles les avait accompagnés un moment avant de retourner sur sa serviette. Au loin, je les apercevais allongés ou assis sur le ponton, éloigné de la plage. Ils furent très vite rejoints par une bande de jeunes garçons, jeunes hommes. Dany se sentit frustré de ne pouvoir rester seul avec sa tante et il regagna sa serviette, lui aussi. Il laissa Melody sous les yeux de ses nombreux admirateurs. Il avait été très content du cadeau que lui avait fait Gilles et Melody, son appareil photo, et il l’avait amené avec lui. Il prit quelques photos de la plage, de Melody entourée par une meute d’admirateurs. Il me prit aussi en photo, avec les filles, et bien sûr, Viviane et Océane. Ces photos, je ne les ai vues que le mercredi suivant, quand j’allais suivre les cours de Mirabelle. Il avait réussi à capter le regard de Viviane qui dévorait des yeux sa mère. Et Océane en faisait presqu’autant. Il les avait prises de face, sortant toutes les deux de l’océan, main dans la main. Leurs poitrines arrogantes en avant, elles étaient belles et elles le savaient pertinemment. Mais les plus beaux clichés furent ceux de Melody. Nous avions vu, récemment à la télévision, le film « Splash ». Melody ressemblait comme deux gouttes d’eau à cette merveilleuse actrice, Darryl Hannah, qui jouait magnifiquement son rôle de sirène des temps modernes. Melody, et donc Océane également.
Nous avons quitté Viviane près de la plage. J’avais la certitude de la revoir le week-end suivant, pour trois jours. Nous sommes partis pour raccompagner Océane et Dany chez eux, puis Clara. En quittant le véhicule, elle me fit un clin d’œil en me disant « À mardi soir ». Elle avait déjà prévu de revenir ce soir-là, vu qu’elle n’avait pas école le lendemain. Gilles repartit pour un long voyage, il avait prévenu qu’il ne serait pas présent pour le week-end de la Pentecôte. Bizarrement, Martin serait absent, lui aussi. Pour raison de travail, soi-disant. Océane était de plus en plus perplexe sur ses absences, pas clairement justifiées. Mais elle avait Mirabelle, tout près d’elle, pour la consoler, la rassurer. Et Melody, sa sœur jumelle, était aussi toujours très proche d’elle. Très protectrice. Contrairement à toutes les femmes de son entourage, Dany était déjà au courant de ce qui se tramait. Martin avait une aventure. Il l’avait surpris en pleine nuit, téléphonant à sa maîtresse. Il n’avait pas compris toute la conversation mais les mots que Martin employait étaient sans équivoque aucune. Et il n’était nullement question de séminaire de travail. Ce fut évidemment un choc pour lui, qui voyait ses parents comme un couple idéal. Jamais une dispute, jamais un mot plus haut que l’autre. Martin, son père, avait toujours été un homme qui ne parlait pas beaucoup. Ni de son travail, ni de ses collègues. Dany avait simplement remarqué que ses absences étaient de plus en plus fréquentes, même le week-end. Mais il avait plus d’affinités avec Océane, sa mère, et avec moi qu’avec son propre père. Il comprenait beaucoup mieux les raisons de ces absences. Mais il ne pouvait évidemment pas le dire à Océane. Cela l’aurait détruite définitivement.
En y repensant, après cette révélation, il avait été plutôt en colère après Océane, lorsqu’il l’avait surprise avec Mirabelle. C’était un peu une réaction de jalousie. D’abord car il voulait garder sa mère pour lui tout seul, ne pas la partager. Ensuite, il souhaitait garder, si possible, Mirabelle pour lui aussi. Sans partage. Mais il avait très vite compris qu’elle ne lui appartenait pas. Et même, que la relation qu’elle entretenait avec Océane ne faisait que les rapprocher l’un de l’autre. Maintenant, il comprenait le désarroi qui avait certainement poussé Océane dans les bras accueillants de Mirabelle. Et c’était plus à Martin qu’il en voulait, désormais, car il trahissait sa promesse de fidélité envers sa femme, sa famille. En Bretagne, la religion prend beaucoup de place dans les familles. La religion catholique, principalement. Et même si nous ne sommes pas tous des pratiquants assidus, nous en respectons scrupuleusement les principes fondamentaux. Pour Dany, comme pour moi, « Tu honoreras ton Père et ta Mère. » est l’un des dix commandements que nous respectons à la lettre. Et Martin avait, semble-t-il, commis l’adultère. « Tu ne commettras pas l’adultère. »