L’ambiance dans le club, pendant et après les matchs, cette solidarité entre les joueurs, David ne l’avait trouvée que dans le rugby. Et nulle part ailleurs. Pour rien au monde, il ne ratait un entraînement, ou un match. C’était une passion que même sa famille partageait. Ce qui, évidemment, était un plus. Son fils, Arnold, préférait lui le handball. Lucie préférait le tennis et elle était plutôt douée, d’après son coach qui la voyait aller très loin. Pendant ses courses, très souvent solitaires sur la plage ou dans les forêts avoisinantes, David repensait très souvent à Anita, à Alban. Il se demandait quelle attitude il devrait prendre s’il s’avérait qu’il était réellement le père du jeune homme. C’était pour lui un dilemme, un problème insoluble car il ne voulait surtout pas avouer à sa femme qu’il avait « couché », juste une fois, avec une autre femme. Il avait trop peur de la perdre, elle et sa famille, à cause de cette minuscule incartade. Il lui avait juré fidélité, pour la vie. Au fil des jours, ses angoisses disparaissaient peu à peu. Anita aurait sûrement trouvé un moyen pour lui faire comprendre qu’il était le père d’Alban. Donc, plus vraiment d’ombre au tableau. David et sa famille étaient rentrés pour la dernière semaine de leurs vacances. Il fallait préparer la rentrée scolaire pour les enfants, et la rentrée sportive aussi. David profita d’une séance de réinscription au club pour y valider son année, et payer sa licence. Il était resté à discuter avec certains de ses partenaires lorsqu’il eut la surprise de voir arriver Alban. Celui-ci ne l’avait pas encore aperçu, alors qu’il s’inscrivait, lui aussi, pour la saison. David en était bien certain, il ne l’avait jamais vu au club précédemment. Et, parmi toutes les discussions, en dehors du travail, qu’il avait pu avoir avec le jeune homme, jamais il n’avait été question qu’il faisait partie du même club. C’est en fouillant un peu dans sa mémoire que David se rappela qu’il avait évoqué la victoire de son équipe, lors d’un tournoi entre clubs. Alban était aussi présent et il avait certainement retenu le nom du club. Et il venait s’inscrire pour la première fois. David ressentit une nouvelle fois un léger malaise, le fait de se retrouver là, devant le jeune homme. Il le présenta à ses partenaires de jeu et, ensemble, ils ont bu une bière.
David rentra chez lui très troublé, après cette matinée passée à son club. Il se remit à penser que, peut-être, il pouvait être le père du jeune homme. Il n’avait malheureusement pas le numéro de téléphone d’Anita, sinon il l’aurait certainement appelée. Pour en avoir le cœur net. Les jours passèrent et arriva enfin le lundi, jour de la reprise du travail. Il retrouva ses collègues. En tant qu’alternant, Alban commençait par trois semaines au lycée, avant deux semaines dans l’entreprise. Bizarrement, David fut un peu soulagé de son absence. Sauf qu’au bout de deux jours, il pensait toujours à Alban. Que faisait-il ? Est-ce que tout allait bien pour lui ? Un peu comme un père qui s’inquiète pour son enfant. Alors qu’il n’avait aucune certitude. Il essayait par tous les moyens d’oublier cette éventualité, qui chaque fois lui revenait en tête. Heureusement, le premier entraînement était pour ce soir. Voilà bien une chose qu’il attendait depuis longtemps et qui lui ferait oublier toutes ses questions insolubles. Il rentra chez lui, prit une douche et se prépara pour retrouver ses potes du rugby. Une bonne soirée qui s’annonçait pour lui. Sauf qu’il avait presque oublié que le jeune homme s’était lui aussi inscrit au club. Et qu’il serait là, lui aussi. David fut perturbé plus que d’habitude en le voyant arriver sur le terrain. C’était une séance de reprise, échauffement, remise en forme. Alban était avec les jeunes, pas dans son groupe. Mais David ne pouvait s’empêcher de jeter un œil vers lui, très souvent.
La séance se termina et tous se dirigèrent vers les vestiaires, et les douches. Communes. Dans la plupart des sports collectifs, c’était ainsi. Une grande salle avec des emplacements de douche, côte à côte. Chacun se lavait à son rythme. La buée avait envahi tout l’espace et il était très difficile d’identifier son voisin. Par contre, les blagues n’avaient pas cessé. Il y avait toujours des rigolos pour raconter une anecdote cocasse. Ou bien entonner un chant de victoire. Tout se passait dans la bonne humeur. Au fur et à mesure que des partenaires quittaient la douche, la buée s’estompa petit à petit. Le voisin de David repartit en le saluant d’une bonne tape sur l’épaule. En se tournant vers lui, David se rendit compte que c’était Alban qui était à deux pas de lui. Et qui le regardait fixement. Encore une fois, David se sentit mal à l’aise. Il tenta d’éluder sa présence et il termina sa douche. Il leva alors les yeux vers Alban qui n’avait, semble-t-il, pas cessé de l’observer. Il regardait fixement un endroit précis de son anatomie. Ce regard insistant était vraiment gênant. Alban ne faisait aucun geste pour se laver. Il maintenait surtout un doigt sur le bouton de la douche, pour rester sous le jet. David se préparait à repartir et, malencontreusement, il jeta un œil sur le bas-ventre de son protégé. Il bandait. David était habitué à ces séances de douches communes. Jamais, dans son souvenir, il n’avait vu l’un de ses partenaires de club en érection, sous la douche. Alban serait-il gay ? Et alors ? Pourquoi pas ? Chacun est libre de son orientation sexuelle. Et heureusement que personne n’avait rien à redire à cela. Surtout pas David. Mais alors, pourquoi lui-même était si touché par la vue de ce sexe en érection ? Un sexe qui, visiblement, bandait pour lui. Le jeune homme semblait très épris, incapable de se maîtriser. David ressentit un truc bizarre, soudainement. Il jeta un coup d’œil circulaire pour s’apercevoir qu’ils n’étaient plus que tous les deux, seuls, sous la douche. Finalement, David osa baisser les yeux vers ses jambes et il s’aperçut, à son grand étonnement, que lui aussi, il bandait fortement.