Je ne pouvais tout de même pas aller le voir au parloir pour lui annoncer qu’il allait être papa bientôt. Quoique. Cela l’aurait peut-être empêché de se bagarrer dans la cour de la prison et de prendre six mois de plus. À la naissance de mon fils, j’étais très heureuse jusqu’à ce que je me sente complètement dépassée. Je suis tombée en dépression et c’est ma mère qui a réagi immédiatement pour prendre en charge mon fils. Lui n’avait rien demandé et il ne méritait par une mère qui le délaissait. Plus tard, j’ai bien pensé retourner voir Jordan mais je me suis dit : » À quoi bon ! » Dylan me parlait parfois de son papa, surtout depuis que j’étais de nouveau enceinte. Il me demandait si c’était la même personne et je lui répétais que non. À force, je me suis demandé si Maggy ne pouvait pas m’aider à le retrouver. Elle avait gardé contact avec d’anciens élèves et certains étaient même devenus les parents des enfants à qui elle enseignait.
Après bien des tergiversations, je me décidais enfin à lui poser la question. Miracle ou pas, Jordan était effectivement devenu papa, lui aussi, d’une petite fille qui, comme par miracle, était aussi dans la classe de Maggy. Et donc de Dylan. Mon fils avait une demi-sœur dans sa propre classe et tout le monde l’ignorait. Je cachais encore à Maggy que Jordan était le vrai père de mon fils. Mais je crois bien qu’elle l’avait compris toute seule. Je fis en sorte d’être là quand Jordan vint chercher sa petite Émilie. Une très jolie petite blonde. Alors que lui, il était brun. C’est ainsi que nous avons repris contact, grâce à Maggy, et que nous nous sommes revus ensuite. Plusieurs fois. Juste pour parler. Je n’avais plus aucune attirance envers lui et, vu qu’il était papa, je le supposais aussi en couple. Il m’a fallu plusieurs rendez-vous avec lui pour enfin lui parler de son fils. De notre fils. J’ai vu des larmes perler à ces yeux. Je lui ai tout expliqué, que je ne pouvais pas venir lui annoncer sa paternité alors qu’il était en prison, qu’après la naissance, je suis tombée en dépression post-partum et que j’ai mis plusieurs années à m’en remettre. Il m’apprit que, juste après sa libération, il avait décidé de rentrer dans le droit chemin. Il avait renoué avec une copine du lycée et, quand elle est tombée enceinte, ils ont décidé de se marier. Une seule question restait à lui poser.
Souhaitait-il rencontrer son fils et lui apprendre que sa camarade de classe, Émilie, était sa demi-sœur ? Il m’a répondu oui, immédiatement. Je pensais qu’il allait d’abord en parler à sa femme. Par contre, nous devions attendre le week-end prochain car sa fille était chez sa mère, cette semaine. C’est ainsi que j’appris qu’il était divorcé et que la garde partagée avait été mise en place par un juge. Dès que je revis mon fils, je lui annonçais la bonne nouvelle. J’avais repris contact avec son père et il acceptait de le rencontrer. Une autre surprise l’attendait ce jour-là. J’avais réussi à maintenir le secret et Dylan a eu la surprise de sa vie lorsque Émilie nous a ouvert la porte de chez elle. Tous mes précédents rendez-vous avec Jordan s’étaient passés dans un lieu public, un bar, ou bien un parc public. C’était la première fois que je pénétrais chez lui et ce fut mon tour d’avoir une belle surprise. Sur un meuble, un cadre photo où l’on pouvait voir Émilie et sa maman en maillot de bain, à la plage. La maman, c’était Mary-Lou, ma copine d’enfance.
On s’était perdues de vue depuis quelques années, depuis que je vivais à Angers, je crois. Je me souvenais de cette période de notre jeunesse et je me suis souvenue que, elle aussi, elle était amoureuse de Jordan. Elle l’avait finalement eu, même si leur mariage n’avait pas pu résister à l’usure du temps. La seule satisfaction, c’était leur fille, une bien jolie princesse. Elle a entraîné Dylan derrière elle pour lui faire visiter sa maison. Jordan et moi étions sur le canapé, discutant comme de vieux amis. J’abordais difficilement le sujet de Mary-Lou. J’avais, moi aussi, très envie de la revoir, de nous retrouver complices comme nous l’étions. Jordan m’expliqua qu’ils s’étaient mariés pour de mauvaises raisons. Le temps avait fini par les éloigner l’un de l’autre et le divorce était inéluctable. Par contre, aucun conflit d’intérêt, aucune dispute entre eux. Ils ont su rester de bons amis et des parents parfaits pour leur petit bijou. Émilie et Dylan vinrent nous rejoindre et Jordan leur expliqua, à tous les deux, qu’il était bien le papa de Dylan aussi. Qu’il m’avait connu il y a longtemps. Il parla également de sa jeunesse mouvementée, de la prison pour une bêtise. Il estimait que les enfants étaient assez grands pour tout savoir. C’est Émilie qui, la première, posa la question que Dylan n’osait sans doute pas.
« Et donc, vous allez vous marier ensemble et on aura de nouveau une famille ? »
La question prit Jordan au dépourvu car je crois qu’il y pensait depuis que l’on s’était revus. Mais ce n’était nullement dans mes intentions et c’est donc moi qui répondis à la princesse.
« Non, hélas, ma chérie. Ton papa et moi, on a été très amoureux il y a longtemps et Dylan est né de cet amour. Mais c’était il y a longtemps. Trop longtemps. Aujourd’hui, j’ai de nouveau un bébé dans mon ventre. Et ton papa n’y est pour rien, cette fois-ci. »
« Je comprends. Mais Dylan est mon frère. Et moi, je suis sa sœur. Et ça, rien ne pourra le changer ? »
C’était une affirmation autant qu’une question. Nous l’avons rassurée tous les deux que, sur ce point précis, on ne pouvait revenir en arrière. Ils étaient frère et sœur pour la vie. Plutôt ravie de notre réponse commune, Émilie emmena son frère pour jouer dans le jardin. Elle revint en courant, presqu’affolée en nous disant.
« C’est vrai que Dylan, il a une vraie piscine dans son jardin ? Papa, on pourra y aller, s’il te plait ? »
Je ne laissais pas répondre, je lui dis.
« Dès demain, si tu veux. «