LUANA (02/12)

Tout cela n’était pas trop grave en soi, puisque c’était Luana qui parlait et comprenait le mieux le français. Elle était parfaitement à l’heure au rendez-vous à la mairie. Il était treize heures trente et tous les agents municipaux n’étaient pas revenus du repas. Elle avait suivi les indications de la personne de l’accueil pour arriver devant la porte du bureau. Celle-ci était ouverte et il la vit arriver. Il se leva pour aller l’accueillir et la faire entrer dans son bureau. Une fois la porte refermée, il prit une profonde inspiration avant de regagner son fauteuil. Marc était un homme habituellement volubile. Et très tactile. Il n’hésitait jamais à poser sa main sur l’épaule de son interlocuteur, homme ou femme. Tout en restant très respectueux. Son prédécesseur avait dû démissionner. On-ne-sait-pas-trop-pourquoi. Il avait perdu la confiance du parti qui l’avait mis en place et c’est Marc qui avait été désigné comme son remplaçant à ce poste. Il n’était pas question pour lui de se mettre en défaut et de risquer cette position qu’il aimait particulièrement. Mais il était anormalement troublé par la présence de cette jeune fille, jeune femme même. Elle était restée debout et elle analysait le grand bureau où elle se trouvait. Beaucoup plus moderne que celui de l’huissier. Plus vaste et beaucoup plus lumineux. De grandes fenêtres permettaient d’apercevoir la ville en contrebas.

Quand elle posa enfin les yeux sur lui, il lui fit signe de s’asseoir sur l’une des chaises, placées devant son bureau. Il prit le temps de lui expliquer la suite des événements. Il avait fait des pieds et des mains pour lui obtenir un rendez-vous très rapide avec une conseillère du CCAS, le Comité Communal d’Action Sociale. En sa compagnie, elles devaient monter un dossier de surendettement auprès la Banque de France. Ce qui permettra de calmer les créanciers et d’avoir un échéancier pour réduire leur dette à zéro. Luana écoutait attentivement les conseils de l’égide. Elle aussi était plutôt impressionnée par le personnage. Grand, fort, d’une carrure de rugbyman. Elle restait silencieuse, en attendant la fin de l’entretien. Il finit par lui poser des questions plus personnelles. Son âge, sa situation professionnelle, ses ambitions, ses envies. Elle répondit sans fard qu’elle avait seize ans, presque dix-sept, qu’elle avait quitté l’école pour travailler et aider sa famille. Elle faisait quelques heures de ménage, par ci, par là. Marc resta pensif en étudiant ses réponses. Finalement, il se leva et vint tout près d’elle. Il lui demanda de se lever. Elle était là, à quelques centimètres de lui, qui rêvait de poser ses mains sur elle. Il fit un mouvement vers elle mais il recula aussitôt quand il la vit frémir. Elle avait apparemment peur de lui, de ce qu’il pourrait faire. Il était évident qu’elle serait incapable de se défendre si des envies perverses lui prenaient. Il lui demanda.

« Je te fais peur ?  »

Sa réponse. Immédiate.

« Non.  »

« Si, un peu.  »

« Écoute moi bien, Luana. Je peux t’appeler Luana ?  »

« Oui, Monsieur le Maire.  »

« Je suis un homme respectable, et respecté. Je suis ici pour t’aider, toi et ta famille. Et uniquement pour ça. As-tu confiance en moi ?  »

Elle répondit sans vraiment réfléchir, du tac au tac.

« Oui »

« As-tu vraiment confiance en moi ?  »

Elle prit quelques secondes de réflexion avant de répondre cette fois.

« Oui, Monsieur le Maire.  »

Il s’était un peu reculé et il l’observait. Elle était jeune, plutôt jolie, bien faite de sa personne. Brune, cheveux mi-long. Pas beaucoup de fesses mais une poitrine apparemment bien faite. Il s’approcha à nouveau et il osa cette fois poser ses deux mains sur ses épaules. Il appuya légèrement pour se rendre compte qu’elle était plutôt musclée, ce qui ne se voyait pas forcément au premier abord. Elle n’avait pas bronché lorsqu’il avait appuyé sur ses épaules. Il resta très près d’elle et il passa ses mains devant elle. Devant son visage, puis devant sa poitrine. Très près. Mais sans la toucher pour autant. Il attendait. Un geste. Un recul peut-être. Mais elle semblait avoir totalement confiance en lui. Lui-même n’était pas sûr qu’elle ait raison de lui faire confiance. Il avait une énorme envie de poser enfin ses mains sur la poitrine de cette jeune femme, qui semblait si soumise. Résignée. Mais il avait promis et, contrairement à beaucoup d’autres hommes politiques, il tenait ses promesses. Il se posait tout de même la question. S’il avait osé, qu’aurait-elle fait ? Il ne se doutait pas que la même tempête grondait dans la tête de la jeune femme. Elle était en attente de quelque chose. Quoi ? Elle l’ignorait totalement. Ses parents, sa famille, avaient des difficultés financières passagères et cet homme, qui était pourtant chargé de récupérer l’argent des créanciers, leur promettait de les aider. Et il semblait vouloir tenir parole. Elle savait qu’elle ne résisterait pas longtemps s’il avait voulu être violent, la toucher. Ou même pire. Il n’y avait que très peu de personnes à cette heure dans les bureaux. Alors, elle avait décidé d’avoir confiance en ses belles paroles. Marc patientait, attendant toujours une réaction de la jeune femme. Il était prêt à retourner à son bureau lorsqu’elle commença à bouger. Imperceptiblement. Puis, un peu plus franchement.

Elle avait avancé son buste vers les mains de l’homme, mais lui, il les avait reculées de cinq centimètres. Il ne fallut pas attendre longtemps la réaction de Luana. Elle posa ses mains sur les poignets du maire pour les plaquer immédiatement sur sa poitrine. Elle les a maintenues en position quelques instants, avant de les lâcher. Elle savait qu’il les laisserait là où elle les avait mises. Dans le même mouvement, elle avait tendu ses fesses en arrière, jusqu’à toucher le corps de l’homme, placé juste derrière elle. Elle sentit parfaitement cette protubérance qu’elle s’est mise à frotter contre ses fesses. Elle en rêvait depuis si longtemps, qu’un homme pose enfin ses mains sur elle. Elle savait que c’était un péché, qu’il était marié, et père de famille. Cela faisait plusieurs mois qu’elle avait quitté l’école et ses camarades de classe. Elle n’avait pas oublié cette conversation, entendue dans les toilettes. C’est là qu’elle se réfugiait très souvent pour échapper aux autres. Et, quand quelqu’un entrait, elle soulevait ses pieds du sol. Elle maintenait ses genoux serrés contre sa poitrine, entre ses bras. Se croyant seules, les deux jeunes filles parlaient librement, se confiaient l’une à l’autre. Et Luana les connaissait très bien puisqu’elles étaient dans sa classe. Elle les avait reconnues immédiatement à la voix.

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