Elle me demanda de lire une des histoires, ce que je fis, évidemment. Je jetais un œil sur ceux qui n’étaient pas là, à m’écouter. J’étais la plus grande, je me sentais un peu comme la responsable de ce groupe. Le repas s’éternisait et d’autres jeunes quittèrent la salle de repas. Jeunes filles et jeunes garçons, mélangés. Johan était de ceux-là. Il aurait certainement voulu rester près de moi mais il préféra suivre le plus grand nombre qui voulait jouer au football. Les filles restèrent près de nous, pas très loin. Elles formèrent un groupe, se racontant leurs aventures avec des garçons. Aventures réelles ou non ? Deux des filles de ce groupe vinrent nous rejoindre. Deux sœurs. Pas du tout intéressées par les bavardages et les affabulations. La plus jeune s’assit près de moi et elle me demanda si elle pouvait continuer à faire la lecture. Malgré son jeune âge, elle lisait déjà très bien. Je lui laissais donc ma place et elle commença à lire la suite des histoires. Sa voix claire et sibylline était un ravissement pour les oreilles. Je me rapprochais de Carole, sa grande sœur, qui lui avait appris à lire. C’était une très jolie jeune fille, tout comme sa petite sœur. J’ai eu l’occasion de rencontrer sa mère, un peu plus tard, et j’ai su immédiatement d’où leur venait une telle beauté. Dans ma vie de tous les jours, Fabienne et sa mère, Gisèle, étaient les deux plus belles femmes que je connaissais. Mais là, on approchait la perfection. Et elle n’était pas fière du tout, comme si tout cela était naturel. Elle avait la beauté de certaines actrices de cinéma. Michèle Mercier ou bien Brigitte Bardot. Malgré sa grande beauté, qui aurait dû lui ouvrir toutes les portes, Carole semblait toujours triste, comme si une chose la chagrinait en permanence. Sauf lorsqu’elle regardait Lucile, sa petite sœur, ou qu’elle l’écoutait lire comme maintenant. Près de moi, et du groupe des enfants, Carole semblait plus souriante. Plus heureuse. Johan et une bande de garçons de son âge se rapprochèrent de nous. Je n’ai pas compris immédiatement pourquoi Carole s’accrochait à mon bras. Elle avait besoin d’être rassurée. Protégée ? Voyant qu’on ne voulait pas les suivre, ils allèrent jouer au football avec les autres garnements.
Même après leur départ, elle resta collée contre moi. Elle était plutôt fluette et mon corps beaucoup plus enveloppé semblait la rassurer. Nous sommes tous rentrés lorsque le dessert a été annoncé. Tous voulaient voir la pièce montée, chef-d’œuvre de la pâtisserie. Un grand remue-ménage suivit la fin du repas. L’orchestre débuta par une valse et ce sont les mariés qui ont ouvert le bal. Suivis par tous les autres. Carole et moi avions trouvé refuge dans un coin de la grande salle de cérémonie. Les plus jeunes jouaient près de nous. Quelques garçons, Johan le premier, tentèrent de nous inviter à danser. Carole refusait catégoriquement toutes les invitations. Sauf une, la mienne. Pour être un peu tranquilles, et répondant à la demande de Julien, nous avons commencé à danser sur la piste, juste à côté de la place que nous occupions. Inutile de nous mêler à la bousculade des danseurs plus expérimentés. Carole n’avait pas beaucoup d’expérience. Elle m’expliqua qu’elle ne dansait qu’avec sa mère, ou bien avec sa petite sœur. Moi, je ne ratais aucune fête dans mon village et c’était souvent des hommes plus âgés que moi qui m’invitaient, ce qui m’a permis de connaître presque tous les pas de danse. Et, quand je ne savais pas, je regardais comment faisaient les autres, sur la piste. Mireille vint récupérer ses enfants pour me libérer un peu de temps pour moi, pour profiter de la fête. Lucile rejoignit aussi sa mère, si bien que nous pouvions nous éclipser, Carole et moi. J’ai entrepris de lui refaire la visite du château, ce que j’en connaissais grâce à Johan. J’ai une très bonne mémoire, ce qui m’est très utile pour mes études. Mais pas seulement. Je crois avoir retrouvé tous les passages par où nous étions passés, Johan et moi. D’une fenêtre du dernier étage, nous pouvions contempler les gens qui fourmillaient en bas. Les alentours du château étaient aussi magnifiques. Plusieurs pigeons vinrent se poser sur le rebord extérieur de la fenêtre, avant de retourner dans le pigeonnier. Carole semblait très intéressée par les oiseaux et, lorsque je lui dis que nous pouvions aller les voir de près, elle m’a poussée pour y aller immédiatement. J’étais juste un peu réticente car je portais ma jolie robe, que je ne voulais surtout pas abîmer. Comme avec Johan, je montais la première dans l’échelle, Carole à ma suite.
J’étais presque arrivée en haut lorsque je me tournais vers elle. Elle aimait certainement les oiseaux, mais ce qu’elle fixait se trouvait sous ma robe. Et elle était toute rouge de ce qu’elle voyait. Je fis comme si je n’avais rien vu et je finis de grimper dans le pigeonnier. Les habitants n’étaient pas très farouches, sûrement habitués à la présence humaine. En repartant, je retrouvais aisément le couloir que nous avions pris, Johan et moi. Une porte. Celle de la chambre où je m’étais donnée à lui. J’entrais avec prudence. Personne. Aucune trace d’un habitant quelconque. Je refermais derrière moi. Nous étions enfin seules. Carole me regardait bizarrement, mais je connaissais ce regard. Ma tante, Cécile, mon amie, Lalie, et Denise aussi, toutes avaient ce même regard un peu perdu. Je savais déjà ce qu’elle voulait, ce qu’elle souhaitait ardemment. Elle ne disait rien, elle ne bougeait pas. Je devais lui faire comprendre que je savais ce qu’elle désirait. Que je le voulais moi aussi. Je devais faire le premier pas, c’était plutôt facile pour moi. Je prenais sa main que je posais délicat délicatement sur mon sein. Elle ne résista pas du tout, quand même étonnée de mon initiative. Quand je lâchais sa main, elle la laissa en place. Je l’invitais même à y mettre son autre main. Elle me pelotait tendrement, c’était sûrement sa première fois. Cinq bonnes minutes après, je lui tournais le dos et je lui demandais de m’ôter la robe.